Le 21 octobre 2007
Olivier est un jeune médecin parisien de bientôt 27 ans (né le 10 juin 1918) engagé dans l’armée anglaise. Il traverse l’Allemagne après le passage des alliés et va ouvrir des hôpitaux de campagne pour soigner les populations rencontrées !!!...
15 avril
Paris le 13 avril à 20 heures – voyage sans histoire. Trop à la française.
Arrivée Bruxelles 14 à 8 h 30.
Transit impeccable gare du Midi gare du Nord
Recherche de change.
Visite de la ville : « parfaitement française ».
15 h 30 : arrivée Louvain : accueil froid
1er déjeuner à l’anglaise.
15 h : Habillement anglais complet : le Problème Belge
18 h 30 : Dîner Anglais.
Après dîner : dépression collective – ville morte
pas d’Argent : impossibilité d’entrer quelque part
Nuit parfaite.
15 avril
8 h 30 : Breakfast excellent.
Organisation des bagages
11 heures : visite du camp polonais : ordre, propreté impeccable. (un camp analogue est prévu pour les Français. Je crains fort le contraste d’indiscipline et de malpropreté.
12 h 30 : Déjeuner Anglais.
Après-midi : promenade dans la « campagne » réconfortante. Évocation de souvenirs.
Dîner 18 h 30.
Après dîner : longue conversation avec jeune capitaine polonais :
1. Haine des Russes autant que des Allemands.
2. Méfiance à l’égard des Anglais qui empêchent l’organisation de l’armée polonaise (1 million et demi dans six mois)
3. Jugement sur la France (fondé sur connaissance approfondie semble-t-il)_
Pour le coup d’éclat Français excellent et courageux.
Pour travail utile moins brillant
La France est fichue si sa jeunesse persiste à « boire, manger, faire l’amour ».
(je ne me sens pas fier d’être Français bien que nous restions « un grand peuple » pour les Wallons.)
4. Guerre contre la Russie obligatoire.
Tout le matériel qui monte actuellement en Allemagne est destiné à cet effet ? Si on attend deux ans, la Russie est invincible.
5. Tous les Polonais remplissent leur fiche en émettant leur désir : File Poland and ohne destination.
Minuit 30 : je me couche le dernier de toute la bâtisse.
La camaraderie française se dessine à la faveur de nos soucis.
Lettre N°1 ce soir 15 avril
Le groupe des 8 se dessine
16 avril – lundi – Louvain.
Matin : Photographie générale par Photomaton – Panne de l’Appareil.
Après-midi : voyage à Bruxelles.
Aller : Train, voyage dans la ville en tram, belges assez aimables.
Bruxelles : visite du quartier de l’indépendance, chic et charmant.
Retour : à l’arrêt du tram (place Dailly), une voiture belge s’arrête, nous propose le voyage jusqu’à Louvain et le belge nous offre l’apéritif malgré refus.
18 h. Au café de la gare :
Discussion sur la Belgique avec Président du Tribunal de Louvain, personne intelligente et particulièrement raisonnable (flamand mais non flamingand).
Problème belge : avec le conflit entre les Wallons et les Flamands : Etudiants ou exilés
Pratiquement : National Belge tout le monde
Roi très bien vu : a refusé traité avec Allemands, est actuellement prisonnier.
Soir : victoire sur la nuit en caserne. Le groupe des 8 se précise après accrochage avec jeunes lieutenants et jeunes officiers.
17 avril
Matin : Couture sur le Battle-Dress.
Lunch.
Délivrance carte d’Officier Britannique.
Après-midi Bruxelles : Achat d’une tenue d’officier. 2 chemises, un trench-coat.
Soir : Préparation Bagages, départ demain matin :
* 1 cantine
* 1 sac de marche
* 1 sac scout
* 1 musette avec bidon
Mercredi 18 avril
Départ prévu entre 8 h 30 et 9 h 30. 72 heures de vivres.
Premier camion : le groupe :
* Casalis François
* Maurice Pierre
* Legrand René
* Leddet Antoine.
* Noel Pierre
* Dervillé Noël
* Balland Antoine
* Le Jeune Olivier
* Plus 3 officiers français sympathiques et 1 con (fils de François Poncet camion numéro 2)
Itinéraire :
* 9 h 30, Louvain, 2 tours complets ??
* Diest
* Léopoldsburg : déjeuner + Ravitaillement essence (repas très maigre).
* Canal Albert
* 14 h 15 : Frontière Hollandaise. On loupe la frontière allemande et la Ruhr à l’est.
* Hollande charmante et presque tous les clochers détruits.
* 15 h 20, Pont de Venlo sur la Meuse
Pont tombé dans le fleuve
De rive gauche, on voit la ville détruite (évoque les vues des Actualités).
Passage sur pont de bois
* Venlo : combats de rues, ville en ruine.
Puis c’est l’Allemagne
ENTERING GERMANY BE AWARE NO FRATERNISATION
* Convois très nombreux et serrés (Américains conduisent comme des fous).
* Toutes les rues des villages allemands sans un chat, quelques paysans travaillent dans les champs, petites filles à tresses.
* Quelque jeunes gens !! sont en civil et travaillent dans les champs.
* Compagnie de déminage au Travail sur la route.
* Terreur de tous mes amis
* Halte à Geldern. 1ère ville allemande
Entièrement détruite. Examen de quelques maisons : inutilisables.
Guérite de M.P. avec tabouret de piano, chaise percée et poêle sur la place du village.
* 18 h, arrivée à Kevelaer. fin d’étape.
Ville relativement peu démolie.
1er Français en uniforme.
Premiers essais d’occupants dans maisons abandonnées. Après plusieurs recherches, on prend une maison avec terrasse, baignoire + douche. On monte divans et sommiers pris dans la maison voisine.
Dîner chaud assez maigre sur feu de bois à la terrasse.
L’amitié se resserre dans le groupe.
Il ne reste rien d’utile dans les maisons.
La page est écrite à la lueur du feu de bois sur la terrasse.
Le premier contact avec les Allemands est très plat. On m’appelle pour dormir.
* Prisonnier belge interrogé : Les Anglais en arrivant dans un village demandent si prisonniers du commando bien traités. Si oui, ne font rien. Si non, foutent le feu et zigouillent toute la famille.
19 avril
6 heures : Réveil, Toilette
8 heures : Petit déjeuner particulièrement succinct surtout après le régime restreint anglais.
9 heures : départ sans histoire. 4 camions.
10 heures : Xanten : au sommet d’une colline on découvre le RHIN, large comme un bras de mer, dérivation route de sable et traversée, 1e contact de guerre sérieux : pont de bateaux. (Deux ponts à 400 m l’un de l’autre avec sens unique, pas de traces de pont dans le fleuve).
Puis c’est la campagne allemande avec forêts de pins, des tombes d’Allemands sur la route, vaches crevées dans un pré, planeurs dans un champ.
Et surtout, villages détruits …..tous les clochers + maisons crevées ++ pas de toits +++ Murs ++++ Haldern +, Werth ++, Bocholt +++ : cantonnement d’une division blindée au repos.
Le long de la route, tranchées, fosses antichars et blocs de troncs d’arbres.
12 heures : Rhede +++.
* Halte pour déjeuner : toujours ce maudit Pork and Vegetables. nous avons faim à la fin du lunch.
* Interrogatoire d’un enfant de 14 ans : Jeunesse Hitlérienne particulièrement intelligent.
nous reconnaît pour des français malgré notre tenue anglaise et notre mélange avec officiers anglais, norvégiens, hollandais et belges.
sont occupés depuis 3 semaines, ont eu très peur, n’osaient pas sortir de leur maison.
Au bout de 4 jours sont sortis avec fleurs légumes et fruits.
les Anglais les leurs ont échangé contre chocolat…
Il nous a demandé où en était le front de Berlin et si Bologne était prise
comme on lui demandait s’il croyait que la guerre allait finir, il nous a dit qu’il fallait bien qu’elle finisse.
* Passage de Prisonniers Allemands
14 heures : on repart.
* Oeding ++++ : village rasé. 1 ou 2 habitants dépouillant les ruines.
* Stadtlohn encore plus détruit.
* Sur la route, nombreux convois à vide descendant.
* et surtout, 20 à 30 camions de Libérés français.
* Ahaus ++
* Metelen : à l’entrée du village, drapeaux blancs
de même que sur l’église et dans quelques maisons.
Absolument aucune trace de combat ni de destruction. Les habitants vaquent à leurs occupations, mais portes des maisons obstinément fermées.
Contraste par conséquent frappant avec la région précédente.
Arrivée à RHEINE Westphalie. 15 h 10
* Gare régulatrice importante détruite en grande partie sauf dans le quartier de la banlieue où se trouve le siège du centre de Rapatriement.
* A 17 heures, accueil chez le Town Major. Thé, pain blanc, beurre. Accueil chaleureux au Mess
* 17 h 30 arrestation de 2 SS en civil.
* 18 heures : rencontre de prisonniers français venant certains de Prusse orientale et disant :
1. Les Allemands en repli obligent les prisonniers évadés qu’ils rencontrent à reculer avec eux et ont fait repasser l’Elbe à ceux qui l’avaient déjà traversée.
2. Beaucoup de prisonniers évadés sont tués par les Allemands.
3. Les Anglais ont un matériel formidable.
les pointes avancées de chars comportent + de 400 chars.
ils ont fait plus de 150 Km entre les chars et le gros de l’infanterie.
les chars font une pointe, une halte d’observation puis font un circuit en arrière en chargeant les prisonniers.
4. Les prisonniers nous confirment ce que pensait le jeune capitaine Polonais : étant donné la pagaille chez les Allemands et leur peu de matériel évoquant 1940, ils s’étonnent de cet afflux de matériel et pensent à une attaque possible contre les Russes.
* Avec un officier de liaison, je conduis ces prisonniers à un ancien camp de travailleurs : petites baraques toutes identiques avec devant chacune un bloc de briques à double orifice conduisant à une réserve de patates…
*
(Je donne une feuille de mon carnet à 1 prisonnier de Paris à remettre au 15 Boulevard Saint-Germain.)
19 h : l’occupation commence sérieusement cette fois.
* Le Major anglais prie une famille de 3 personnes de quitter immédiatement une grande et belle maison pour faire coucher les 40 officiers que nous sommes.
Cette méthode me donne un premier mouvement de répulsion. Mais je pense à Maman en juin 1940 qui n’avait pas eu la possibilité de fermer ses maisons à clef.
20 heures : Dîner au Mess Anglais absolument impeccable servi par des gretchen (qui ne s’en font pas et fument à l’office).
* Le Major reçoit en grand seigneur mais submergé ne peut que nous donner que le substantiel.
* Dîner autour d’une table ronde dans le Hall de la villa avec grande cheminée, escalier tournant dans le Hall.
* Menu : pâté de poisson, pain, beurre, confitures, thé ou lait sucré.
21 heures : Couchage dans le salon de la maison. L’amitié paraît sérieusement assurée. L’esprit de dévouement s’est même dévoilé. C’est à qui couchera parterre. Et l’un de nous (Legrand) cherche une excuse et une boutade pour cacher son dévouement.
22 heures : Courrier général : qui par terre, qui sur une paillasse apportée dans le salon (mais respectueusement entourée d’une couverture), qui sur un divan, moi sur un divan court.
Demain départ vers l’Est. 150 kilomètres.
20 avril
Lever 6 heures.
Toilette en commun avec la Tour de Babel dans la salle de Bains de la Maison. L’eau est dans la baignoire ! Elle a été apportée par un camion-citerne anglais. Elle est un peu jaune, a un léger goût mais est potable. Je fais confiance aux Anglais certainement sensibles à ce sujet et je remplis mon bidon.
Départ à 9 heures environ direction Osnabrück.
Je supporte facilement capote + pull-over.
Toute la matinée, voyage sans histoire. Le temps est toujours splendide.
Vers midi, arrivée à Osnabrück. Ville qui a souffert des bombardements aériens, mais ville encore vivante : queues aux magasins d’alimentation.
Les gens vous regardent plus en face. Tous les Tramways ont été montés au terminus d’une banlieue : l’électricité semble manquer.
Les bruits les plus divers couvent dans le convoi.
1. Il y a des SS dans les bois environnants.
2. Deux russes ont été assassinés hier à Rheine.
3. On ne sait plus la destination exacte du détachement : le capitaine Norvégien qui le commande, officier de la R.A.F. en bleu, décide d’atteindre Wagenfeld à 35 Km de là.
Nous sortons de la ville pour déjeuner tout en suivant l’itinéraire STAR qui conduit par des petites routes. Nous déjeunons dans l’Herbe à environ 10 Km de Osnabrück.
Déjeuner sans histoire : L’éternel Pork and Vegetables (américain), les biscuits, la margarine et un peu de pain. 1 boîte de conserve pour deux. C’est nettement insuffisant. Tous les français meurent de faim. L’économie des vivres de notre camion fait que nous avons quand même l’air avantagé auprès du camion des Belges et celui des hollandais qui ont tout baffré ou presque en 48 heures alors que les vivres sont pour 72 heures.
Après-midi, on suit la petite route de campagne non goudronnée et par moment véritable fondrière jalonnée STAR.
Seul moment intéressant, la traversée d’une forêt immense propice aux SS. Rien à signaler.
Arrivée vers 15 heures à Wagenfeld où un major Anglais du governement military nous reçoit mais attend 10 officiers d’une autre spécialité.
Il s’organise rapidement et fait servir en une demi-heure le thé à 40 hommes.
Après le thé, organisation du logement : et cette fois l’occupation que j’espérais bien ne pas faire devient criante.
Deux officiers par deux, nous entrons dans les maisons les unes après les autres et Casalis et moi nous tombons chez l’Apotheke. Courtois mais moins plat que ses compatriotes il me fait comprendre qu’il a été en France en 14-18 et a toujours été bien logé. Il nous donne à sa propre chambre.
Et ce qui me frappe, c’est le confort sinon le luxe des maisons dans ce village de 5 à 6000 âmes.
Tous nos camarades sont aussi bien logés, sauf 1 ou 2.
La salle de bain est immense. La chambre comporte deux lits jumeaux rapprochés, en bois clair, avec une armoire et une coiffeuse de même style moderne et très sobre.
Sur un mur : « Alle Verstandis Kommt uns für durch die Liebe » Wagner !!!
La literie est allemande c’est-à-dire un matelas en plusieurs morceaux. Drap non bordé boutonné à un dessus de lit plat + un édredon, sans être bordé (J’ai remué et me suis trouvé les pieds à l’air)
Un détail (ayant mal aux dents a demandé de l’Antipyrine). L’apotheke à qui nous demandions si l’eau était potable, méfiant par nature sans doute et croyant que nous le soupçonnions de nous empoisonner, a eu le réflexe de boire dans le verre avant C. Ah ces Germains.
Dîner : sans conserve, un seul plat, soupe campagnarde.
Nous avons dormi jusqu’à 9 h 30 le matin.
21 avril
C’est la journée de la débandade assez cafardeuse.
Je dois d’ailleurs rendre hommage à l’organisation anglaise puisqu’un officier qui ne nous attendait pas a pu obtenir au Headquarter l’effectif de 40 officiers en une matinée.
Nous avons en outre touché deux fois de cigarettes, don du Major et don d’un chefquarter.
Les 1ers partent
• Leddet, Noël à Sulingen, Détachement 104 (veinards ils sont deux ensemble) Direction N.E., à 14 h, 35 Km
• A 18 heures, Balland tout seul près de Petershagen, à 50 Km au S.E.
• A 18 h 30, les autres affectations sans nom de localité sont connues.
* Je pars avec un Belge de 45 ans environ. Bon vivant semble-t-il.
* Maurice, antisémite ++ est affecté avec le + goinfré des juifs hollandais + 1 belge.
* Dervillé reste au 626. (et dès qu’une rivière sera franchie, part pour le ?...
* Legrand a le coup de cafard. Il part seul comme moi avec 1 belge mais antipathique.
• La répartition semble organisée de façon à ce que plusieurs nationalités soient associées.
• Nous changerons 1 peu d’argent en Mark d’occupation : 1 franc = 5 Marks. Mon billet de 5000 nous vaut une mésaventure et gentiment les copains exigeaient une répartition égale des 300 et quelques Marks obtenus. Il nous revient à chacun 62 Marks 50.
11 h 30, je me couche après l’écriture au lit. Aujourd’hui j’ai écrit à Roby.
Nous devons partir tous dans les 36 H. Sans doute demain je saurai ma nouvelle destination.
Une pensée vers tous ceux du pays (1000 Km m’en séparent). Mon moral se maintient. (j’ai mieux mangé aujourd’hui !!).
Demain matin : lever 7 H, 2ème vaccination 8 H ¼. Nous allons essayer d’aller à la Messe voir les villageois. (raté)
Mercredi 25
Les deux derniers jours à Wagenfeld ont été assez ternes.
Lundi, nous n’avons pas bougé. Bridge le matin, bridge d’après-midi. Je suis d’ailleurs assez mal foutu par mon vaccin : réaction ganglionnaire à l’aisselle (qui durera 48 H).
Le soir : distribution hebdomadaire de nos rations de cigarettes, bonbons et mensuelles d’alcool (1 bouteille de whisky, ½ bouteille de Gin Fiz. Nous goûtons le Gin chez Maurice et Legrand. Petite soirée charmante. Sensation physique épatante le lendemain matin.
Hier mardi, lever 11 h 30, toujours pas de départ.
Après-midi captivante
Visite de plusieurs baraques de commandos Français abandonnées.
Le 29, Dimanche : suite : souvenirs déjà estompés.
Pourtant : baraques sales, conditions de vie certainement défectueuses. Hygiène plus que douteuse (Mais actuellement cela me paraît un paradis à côté de la vie des « Harthungen ?... ».
Visite d’un camp Russe :
* Longue conversation avec un colonel Russe (membre du parti communiste U.R.S.S.).
* La vie en Russie paraît dans l’ensemble assez médiocre.
Pourtant :
* Droit de propriété existe sauf pour la terre qui est commune.
* Un paysan peut avoir sa ferme, son bétail, le vendre et faire du commerce avec. Mais il ne peut employer des journaliers à son compte sans leur donner le pourcentage de leur travail.
* Il existe des millionnaires en U.R.S.S. (stakhanoviste en général).
* Que peuvent-ils faire de leur argent ? A priori assez peu de choses. Ils peuvent « se payer » des Vacances dans les stations au bord de la mer en Crimée.
* Les ouvriers simples ne partent que rarement et pratiquement tous les ans ce sont les stakhanovistes qui partent.
* Le colonel n’est pas opposé à la réintégration de l’Eglise en Russie, si elle ne s’oppose à la politique nationale : mais il reconnaît l’avoir contredite et « persécutée ».
* Le salaire d’un médecin est en gros le triple de celui d’un ouvrier « spécialisé ».
* Tous les médecins sont fonctionnaires, mais beaucoup trop peu nombreux et la plupart des médecins rayonnent et s’occupent de plusieurs hôpitaux.
* Ils touchent le salaire intégral dans chacun des Hôpitaux.
* Organisation politique : explications assez peu claires sur l’importance du Parti communiste.
* D’après ce membre du Parti, dans chaque arrondissement il existe des représentants élus qui forment une assemblée.
* Dans cette assemblée les décisions administratives sont prises. Il s’y trouve un membre du parti, mais s’il est mis en minorité, il ne peut avoir aucune autorité locale. Il semble pourtant qu’il fasse office d’observateur et qu’il en réfère en + haut lieu.
* Chaque région élit des Délégués au Soviet central à Moscou, chambre identique à la nôtre mais les décisions sont prises par le vote sans que là encore le parti communiste ait priorité.
* Staline n’a les pleins pouvoirs que pour la durée de la guerre.
* Le colonel essaye d’excuser une probable misère du peuple russe par la convergence totale (comme en Allemagne) de tous les efforts pour l’Armement.
* Il conclut en espérant une compréhension des peuples de l’Ouest et de l’URSS après la signature de la paix.
* Il est extrêmement difficile après cette conversation de préciser les ambitions impérialistes de la Russie.
* D’ailleurs la première partie de la conversation a été une série d’interrogations concernant tous les pays de l’Ouest et notamment au sujet de l’Espagne qui paraît fort intéresser les Russes.
* À noter que tous les Russes, officiers supérieurs compris, ont travaillé dans les commandos.
Mercredi 25
Après une matinée de culture hygiénique et de bains de soleil et l’espoir de faire du cheval, brusquement en une heure départ pour Sulingen à 30 Km au N.E. de Wagenfeld.
16 h : arrivée à Sulingen au 822.
En débarquant du camion, 1 h 20 de conversation avec le Major et départ en Jeep pour le camp de D. P.
Travail vaseux pour moi qui ne suis au courant de rien.
Arrivée dans K.F. RAS.
18 h : sur la route arrivée d’un convoi.
En m’en approchant, stupéfaction, de ce sont des hommes ? des ombres d’Hommes habillés en bagnards, Belges et Français.
Leur état de misère est catastrophique : des squelettes mouvants, un teint gris vert, des yeux énormes, des pommettes simiesques et gracilité extraordinaire des membres.
Dès l’arrêt des camions la plupart se précipitent et s’accroupissent n’importe où, émettant une diarrhée intarissable.
Après quelques atermoiements on les remet en camion par 40 et ils descendent au camp Russe du sud de la ville où je les rejoins.
Leur simple halte au 1er camp de NordSulingen leur a donné le temps, comme une nuée de sauterelles, de vider la région. Ils sont remontés dans leur camion avec veaux, cochons, lapins, agneaux, poulets, oies, sans compter toutes sortes de produits alimentaires invraisemblables. L’impression que m’a donnée ce camp en fin de journée et à la tombée de la nuit est indescriptible. Des nuées d’Hommes formés par petits groupes, tuant une bête, en dépeçant une autre, en cuisant une troisième. Préparant avec je ne sais quel regard gourmand d’ignobles intestins d’animaux encore tout gonflés de nourriture. Dévorant à pleines dents une viande qu’ils n’ont pas laissé cuire. J’imagine que les anciennes armées de Huns devaient avoir cet aspect à l’étape. Et aucune police mondiale n’aurait empêché cela, même avec des méthodes sanglantes, tant l’avidité alimentaire de ces êtres paraît extraordinaire. Un groupe me paraît pourtant plus raisonnable et je m’en occupe tout particulièrement. C’est le « Reqwhir » : l’infirmier du camp avec à sa tête le docteur Laget de Châlons-sur-Marne (arrêté chez lui alors qu’il avait dans sa voiture mélinite, cordon, pour faire sauter un pont). Avec lui, le fils Richet et quelques intellectuels tous plus maigres les uns que les autres. Je trouve une pièce et un appentis pour ce groupe et leur fait donner leur ration alimentaire. Puis j’accompagne Laget à l’infirmerie du camp (baraque pleine de paille) pour découvrir le plus affreux spectacle de la déchéance humaine (involontaire, les pauvres diables). Vautrés, même pas allongés, dans la paille comme des bêtes, se levant de temps à autre ou plus souvent se traînant à quatre pattes, ou rampant avec des mouvements d’une extrême lenteur, segment de membre par segment de membre (presque majestueux, avec certaine impression de viscosité) vers un hypothétique W. C., ne l’atteignant pas et se laissant aller là où ils sont. Là-dessus monte peu à peu une odeur fade de diarrhée liquide. Beaucoup ne bouge, on ne sait s’ils dorment ou sont morts. D’autres s’agitent dans des affres 100 fois répétées. Certains grondent et frappent de leur pauvre faiblesse le voisin qui déborde sur leur couche. Et par humanité nous décidons une morphine collective. Pendant qu’avec la même seringue et la même aiguille j’en fais environ 60, un des moribonds fait une hémoptysie et meurt. D’autres pleurent, mais tous supplient avec des yeux de bêtes traquées leur retour dans leurs foyers que beaucoup d’entre eux ne verront jamais. Nous nous organisons rapidement. Leddet et Noel, plus de 4 jours dans le bled, peuvent organiser un « hôpital » de 100 lits. Avec un camion, je pars à la recherche de brancards, et je découvre une compagnie d’Ambulances et un délicieux médecin anglais qui me dit être là pour çà. Pour 1 H du matin, tous les malades sauf 12 sont évacués. Nous allons dîner au Mess de Leddet et Noel. Ces pauvres garçons sont morts : ils ne dorment pas depuis 4 jours et malgré une O.O.B. ? forcenée je leur propose de prendre la garde au camp où je m’allonge sur une grande table entre 4 et 6 H du matin pour dormir d’1 sommeil alourdi par ma difficulté d’oublier toutes ces visions ignobles.
Le 7.5 45 (après 10 jours d’interruption)
Le lendemain matin : je monte déjeuner au Mess anglais.
Jeudi 26 : Organisation de l’Hôpital 100 lits sur paillasses.
En une nuit, le travail fait est considérable. Grâce à un prêtre catholique du 84 GEIX Hospital.
Nous avons les médicaments usuels pour personnes bien portantes, mais rien de sérieux, pas de sérum, quelques tonicardiaques seulement.
La Réquisition marche à plein rendement. Un contingent de « Schwester » nous est fourni (elles travaillent d’ailleurs avec un dévouement étonnant et sont stupéfaites de l’état de nos malades).
Au camp de Transit de NordSulingen, je m’adapte beaucoup moins bien.
Le matin, pourtant, avec François Poncet nous organisons le départ de 500 types par camions de 40 avec ravitaillement alimentaire. Cela marche pas mal (sans haut-parleur, sans brancards).
A midi, présentation à un certain Latry qui me fait une impression singulière. Pourtant Prisonnier Politique ayant fait de la Prison dans le Lager, il accepte de rester ici s’occuper des O.R. et tout devrait être en sa faveur.
1er déjeuner au Mess avec Alexis Hegt et un jeune autre détenu Alain de Clermont-Tonnerre (descendant direct de la maîtresse de Louis XIV) qui parait charmant.
L’Après-midi, RAS. Je traîne sans rien faire d’effectif. Je m’informe de mes bagages et j’apprends que les Bureaux du Major ont déménagé, que mes bagages sont dans 1 autre endroit, seuls. Je suis un peu inquiet de cette façon cavalière d’en disposer. Mais le soir, en passant devant notre Mess, j’aperçois ma cantine dans le jardin près de la route. Les Anglais sont plus corrects que je ne pensais. Rien n’est perdu.
Et le soir tard nous nous installons avec Alexis dans une petite chambre avec lavabo où j’installe mon lit le mieux possible à la française. La fenêtre ouvre à l’extérieur.
Le Vendredi 27
Le matin, je continue à nager un peu avec ces anglais, mais je sens la nécessité d’organiser une infirmerie et je repère une petite maison dans le village réquisitionné avec une pompe qui serait pas mal…..
Dimanche 21 Mai
Déjà près d’1 mois que je n’ai pas fait ce journal, j’en suis stupéfait. Je ne puis que résumer quelques faits saillants. Je suis claqué ce soir.
Le 29 Avril, après avoir dû accepter une maison désignée par les Anglais, organisation et marche d’une petite Infirmerie.
Le 30 Avril, voyage inutile à Rheine en camionnette (260 Km). L’administration anglaise est aussi obtuse que la Française.
Le 1er Mai, sans histoire, ici le Muguet apparaît au 15 Mai. Petites luttes intestines avec le Lieutenant Coting.
Organisation de la Réquisition d’une voiture découverte par un soldat, seule dans une grange sous la paille, en pleine campagne.
Les 5 et 6 Mai, courte Dysenterie et crise de foie
Le 8 Mai, « V. Day », sans histoire, journée identique aux autres, un peu triste au Mess Français.
Le 15 mai, ordre du Major d’organiser une autre infirmerie.
1er soir : locaux propres, aménagement sommaire à 18 h. Bataille sévère pour la Pompe.
Le 16 mai, Isolement de l’Infirmerie par des Barbelés. La pompe est à nous. Arrivée d’une camionnette avec chauffeur français.
Le 17, le major évacue le Kinds Garten qui me dépannait. (ignoble).
Le 18, Arrivée d’un groupe Croix Rouge Française reçu par des Hourrah.
C’est la Corne d’Abondance : 3 camions pleins, 2 médecins, 3 infirmières + des Ambulances qui doivent arriver.
On me signale à StalooBostel une infirmerie du Stalag 6C à récupérer.
Le 19 Mai, journée inoubliable.
* Camionnette sans pare-brise.
* Traversée de la Weser sur pont de Bateaux.
* Panne de 3 heures à Brême.
* Autostrade.
* Orage indescriptible (sur l’Allemagne du Nord).
* Visite du Stalag
* Accueil parfait du Médecin (Mayonnaise)
Récupération d’un matériel étourdissant (1 plein de camion)
Tir d’une biche sur l’Autostrade B.-H.
Retour à la nuit.
Le 20 Mai, le Major Wilson semble commencer à m’apprécier et, 2ème injure pour les autre Français, nous prend avec lui au Mess, Alexis et moi.
Le soir du 20 mai, réunion générale des officiers étrangers chez Wilson.
Je dois partir organiser « one new camp » à Bassum.
21 mai
Impossible d’obtenir une précision sur mon départ. Wilson ne veut pas me lâcher (et si je pars 1 heure après l’arrivée du TEAM médical je dois revenir).
Le Mess commence à se dégeler.
Cap. Stewart me procure du tabac.
Mon infirmerie marche à plein rendement.
J’ai organisé une Nursery. Je commence à avoir la technique de la Réquisition.
Capt. Boyer me donne tous les jours :
40 l de lait bouilli
2 pains
500 g de viande
sucre
riz
C’est un Anglais type Oxford parlant Français - Allemand lentement et avec une correction parfaite, d’un rare classicisme.
Avec Leddet, nous décidons d’organiser une Pharmacie centrale qui doit alimenter Diepholz, , Sulingen, Bassum.
Je pars peut-être pour Bassum ce soir, aux dernières nouvelles.
Le 22 mai
Le départ est retardé de 24 heures et je passe la journée à continuer mon organisation pour le départ. Le matin : Accident de voiture. L’après-midi : voyage d’Inspection à Bassum. Une rue entière du village, la Bahnhof Strasse est évacuée en 24 heures. Les Allemands, pendant mon passage, s’affairent à entrer de la paille et des paillasses dans les maisons vides. Le Major Reader me dit à mon arrivée : « Docteur choisissez ». Et nous inspectons de maison en maison allant de mieux en mieux. Je décide le 14, bien que maison pas trop immense et fais une liste de Matériel.
Le 23 mai
Départ pour Bassum en convoi. Je suis chef de convoi dans l’Horrible petite Opel de Leddet.
A l’arrivée, nous décidons de prendre une autre maison pour l’Infirmerie.
L’accueil des Anglais est charmant.
Le Major Ward qui commande le Détachement me donne carte blanche chez le Bourgmestre.
Perquisition dans les maisons vides. Je découvre avec Mlle Didy, « mon infirmière major », un attirail complet de Bureau.
Les D.P. arrivent demain.
Le 24 mai
Après avoir organisé hier soir mon électricité pour le mieux : grand lustre pour mon bureau, globe pour l’infirmerie, et après avoir rétabli la communication entre deux pièces, j’organise deux lits et ma nursery.
Visite au Bourgmestre, gros boche petit rondouillet qui dit oui et toujours : morgen früh.
Le 25 mai
Je suis prêt à fonctionner. Les D.P. arrivent ce soir à 17 H. Ils ne sont pas malades. Pourtant visites et soins jusqu’à minuit. 1er Rapport pour l’Hôpital Boche. Je couche 2 femmes seules. 2 Bretonnes de Vannes
Le 26 mai
Les enfants commencent à arriver. Assez moches.
J’ai annoncé non « anniversaire » et une surprise m’est réservée
Mon infirmière Ducas « organise ».
2ème contact avec l’Hôpital Boche. J’obtiens 2 salles :
1 de 13 lits pour H.
1 de 13 lits pour F.
Je commence à adorer l’occupation. Autorité froide, facile. Nous jouons sur du velours.
Le 27 mai : R.A.S. Mon Infirmière Major est magnifique. La 2ème, Mlle Olivier, est parfaite pour les soins. La vieille Schwester est coriace mais agréable. Les autres = 0. J’ai lancé les invitations pour demain.
Le 28 mai
matin, nouvelle visite au Bourgmestre. ? se fiche une balle dans la jambe.
Après-midi, voyage à Sulingen en moto (panne).
J’attends tout le monde à 10 heures.
grand dîner loupé - ambiance sympa - mais nécessité d’inviter des éléments disparates.
Sigismonde et Margot de Gramont sont là - à côté de soldats anglais fournisseur d’Alcool.
À 1 H du matin, ambiance tiède, on nous annonce un convoi arrivé et ? a dû nous quitter. Les premiers enfants arrivent à 1 H. 30.
À 2 H je décide que je suis officiellement plein
Un capitaine Anglais m’annonce encore 4 enfants. Je décide alors l’improvisation.
À 2 H 30, après lâchage des 2 Médecins Lyonnais adjoints (partis se coucher sans prévenir et engueulés par Pierre ?) j’ai plus de 10 enfants avec leur mère couchés dans les lits.
Je ne suis pas débordé et à 4 H quand je quitte l’Infirmerie, tous les enfants sont lavés et ont bu. Toutes les mères ont mangé. Tout le monde s’est donné de grand cœur.
Le 29 mai. Après cette veillée, tout nous paraît facile. R.A.S.
Le 30 mai. Idem
Réquisition d’une voiture, magnifique DKW décapotable gris perle moteur 2 temps.
Le 1er juin. R.A.S.
Visite du camp et organisation en gare d’un départ en 2ème classe d’1 train de voyageurs de quelques malades.
On me remet un papier de Félicitations d’un groupe d’officiers Hollandais « P. D. » que j’ai recueillis et réconfortés.
Le 2 juin. Voyage à Sulingen où je demande encore 24 H. à Wilson. Accord.
Le 3 juin. Dernière visite au Bourgmestre.
Le 4 juin. Retour à Sulingen avec Louis le chauffeur, en remorquant la DKW.
Le 5 juin. Je reprends en main NordSulingen qui en a besoin et apprends que Bassum ferme.
Le 6 juin. Voyage à Lübbecke pour évacuer les grands malades français.
Réception au ?
Dîner avec maître d’Hôtel dans 1 des écoles. Ambiance épatante avec Sigismonde et Margot.
Le 7 juin. Voyage de retour vers Sulingen avec nos grands malades. Très chic ambiance. Halte pour le lait.
Le 8 juin. Journée dans camp d’Aviation. Avions français obtenus en 48 H pour évacuer l’Hôpital.
Le 9 juin. Je deviens médecin-chef et liquide l’Hôpital. Je fais tout emballer.
Le 10 juin. Tout est prêt. Nous partons demain. J’ai découvert une autre voiture et passe la nuit au garage à peindre.
Le 11 juin. Je pars en queue de convoi. Via Braunschweig.
voyage étonnant, tout le monde se fout de ma voiture qui devient « dépanneuse ». je soigne une vivante et contrôle 2 morts à l’arrivée sur l’autostrade.
Martin crève. Nous nous perdons et arrivons à 6 h au Town-Major où je retrouve les capt. Boyce et Dickson. Installation dans ? pour nous Siegfried Strasse.
Le 12 : Visite sur ordre de Wilson de 3 Hôpitaux et ?…
Journée passée avec l’Inspecteur général. Tout est déjà fait. Je pique un coup de gueule à la cuisine de l’un et au Weiterstadt où il y a un vrai bordel.
Le 13 : Leddet revient et il pense partir après-demain en Ambulance.
Le 14 : Wilson accorde la permission et nous décidons de passer par Bruxelles.
Organisation des bagages. Visites dans la ville en voiture, à la caserne Suffren.
Leddet reprend bien tout en main. À 10 h Margot arrive avec l’Ambulance et nous décidons de déposer Pierre à Luxembourg.
16 juin : Arrivée à Paris. Claqué. Constantine a des histoires. Je me couche.
Bonjour, J’ai été particulièrment intéressé par la lecture de ce journal. Mon intérêt provient du fait que je recherche des informations sur la façon dont mon grand-père (Docteur Raymond CASMAN d’Anvers), prisonnier politiqe belge, est rentré de Bergen Belsen libéré le 15 juiin. J’ai une attestation marquée Sülingen, rédigée en Français l’autorisant à rentrer.
Avez-vous d’autres éléments ( textes ,lettres, plans, photos) concernant centre de triage, hopital, situés à Sülingen , soins apportés aux prisonniers libérés, croix rouge de Belgique, évacuation des prisonniers par la route, train, avion.
Merci à tous qui voudront bien m’aider
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